Avant-première : déclaration finale du congrès de l’Apel (27/02/2016)

Je livre aujourd’hui un document ultraconfidentiel qui évitera peut-être à certains un long et fastidieux déplacement jusqu’à Marseille au mois de juin prochain. Il s’agit de la déclaration de clôture du congrès des Apel. C’est cadeau : il suffira aux organisateurs de la recopier. Les parents d’élèves auront la joie d’y découvrir à l’avance, ciselées dans une langue pure et élégante, des réponses franches et claires à toutes les questions qu’ils se posent, notamment à celle-ci, qui les taraude depuis l’époque de Charlemagne : « Pourquoi l’école ? »

« Je voudrais d’abord dire un grand merci à tous les bénévoles qui, depuis des mois, à travers la France, ont travaillé à la préparation de ce congrès, qui a été un succès incontestable, et qui ont réfléchi à cette question fondamentale : “Pourquoi l’école ?”

« A l’heure où chacun s’interroge, en cette période de mutation marquée par des bouleversements qui interpellent chacun sur sa pratique au quotidien, il est important de questionner l’être et le devenir de l’école. A l’ère de la révolution numérique et de l’information en continu, elle prend conscience qu’elle n’est plus la seule source du savoir. Elle reste néanmoins le lieu essentiel de la socialisation, de l’ouverture à l’autre et à l’ailleurs, ce qui ne l’empêche pas de se remettre en cause.

« Sans tourner le dos au passé, l’école ses regards vers l’avenir. Ce n’est pas facile. De tout temps, elle a prouvé son utilité incontestable. Mais les pratiques d’hier ou d’avant-hier ne peuvent pas être celles d’aujourd’hui ni de demain, car le présent, qui est l’avenir du passé, est le passé du futur, un futur vers lequel nous devons porter le regard avec confiance et résolution, afin réconcilier tradition et modernité tomber dans le piège de l’immédiateté.

« Il ressort de nos discussions ouvertes et fructueuses que l’école demeure, plus que jamais, un lieu de transmission des savoirs, mais du savoir-être autant que des savoir-faire, ce qui pose la question du faire-savoir. Cette mission au service de la personne individuelle dans sa globalité totale ne peut se concevoir que dans des établissements ouverts à tous et surtout aux autres, attentifs à chacun dans sa personnalité individuelle et son devenir social, et dans le respect mutuel des différences qui nous enrichissent réciproquement. La solidarité unanime dans une collectivité assumée, telle est la marque indélébile gravée à la source de notre inspiration chrétienne si profondément enracinée au cœur de notre identité, mais qui doit sans cesse être repensée.

« Lao-Tseu l’a dit : “Il faut trouver la voie.” Cette voie, c’est une direction qui va dans le sens que nous souhaitons, tous ensemble, en dialogue réciproque et en concertation. Une voie qui est un chemin qui évite l’écueil de laisser quelqu’un au bord de la route, par l’attention portée au plus petit et au plus faible, par la poignée de main chaleureuse, le coup d’œil significatif, le silence qui en dit parfois plus long que des paroles, la parole qui brise le silence. Tout cela s’inscrit au cœur de notre projet pédagogique, qu’il faut réaffirmer chaque jour, le projet d’une école ouverte à tous et à chacun, riches de la variété de leurs différences dans une diversité des disparités qui n’est pas l’uniformité des identités.

« Ce projet ambitieux par l’humilité qu’il exige collectivement se nourrit à la source du trésor de nos valeurs, qu’il faut oser réaffirmer sans crainte mais aussi réinventer sans cesse. Laissons-nous interpeler par ces valeurs qui font sens, qu’il ne faut pas imposer mais au contraire suggérer sans les dénaturer ni céder à la tentation de l’entre-soi, du rejet de l’autre ou de l’enfermement dans des convictions pleines de certitudes confortables. Il s’agit moins d’apporter des réponses que de poser les bonnes questions pour ouvrir un dialogue en vérité, dans le respect de la personne authentiquement humaine sous tous ses aspects, placée au cœur d’une communauté éducative qui implique chacun pleinement sans oublier personne.

« Abordons sereinement l’avenir qui s’ouvre devant nous, pleins d’une confiance sans arrogance. Grâce à la collaboration chaleureuse, ouverte et bienveillante de tous et de chacun au cours de ce congrès riche de si nombreuses contributions et marqué par une grande capacité d’écoute, nous savons maintenant que l’école, c’est drôlement important.

« Forts de cette conviction, rappelons cette citation du prophète Isaïe : “Où donc me bâtiriez-vous une maison ?” (Is 65, 1), et mettons-nous en marche pour cheminer librement, également et fraternellement côte à côte, chacun à la place qui lui revient et au rythme qui lui est propre, pour faire école ensemble. »

P.S. Pour les questions pratiques, prière de consulter le site du ministère de l’éducation nationale. De toute façon, les écoles sont tenues par contrat d’en suivre les programmes et les directives.

P.P.S. Pour les questions qui fâchent, veuillez consulter le blogue : Chronique de l’Ecole privée… de liberté.

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